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C’est le paysage qui vient vers
moi ; ma roue avant avale les lignes blanches au
même rythme qu’un Trans-Europ-Express et l’asphalte
prend la teinte d’un torrent de montagne sur lequel
l’œil a du mal à se fixer. 5 000 tours, j’enrobe
la grande courbe, il n’y a rien , c’est bon ; le
piéton là-bas a largement le temps de passer…
C’est fait ! Cette voiture qui est devant moi va
ralentir, c’est sûr - je le sens - il
n’y a rein dans le rétro et je distingue dans son
chrome les éclaires orangés de mes clignotants.
Tout marche bien , je passe ma
quatrième et prend l’angle pour le « droite » qui
arrive.
L’horizon bascule comme dans
les films de guerre et le soleil arrive dans mon
casque à l’image d’une comète. Mes yeux cherchent
à travers l’étrange lucarne tous les détails et
les repères m’informant de ma position, des dangers
éventuels et des belles images à voir.
Ça sent bon la fumée ici … Le
fermier que je viens de passer doit brûler des mauvaises
herbes… C’est bizarre ce que les mauvaises herbes
sentent bon quand on les brûle. On devrait inventer
une eau de cologne à l’odeur de mauvaises herbes
brûlées… C’est pas bête… faudra que j’y pence
Ah ! Voilà un « gauche » en bec
de cane et un motard qui s’améne en face - Suzuk
?… Honda ?… ne pas oublier de lui faire un petit
signe. Tiens je vais lui faire voir ma trajectoire
!
Une fois de plus l’horizon bascule,
une fois de plus le paysage tourne autour de moi,
une fois de plus, je penche…
Une fois de plus , je vis…
Tiré de : Rouler et voyager à moto de Philippe
Jambert
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